Anne Larue : pouvoir, soumission et BDSM décryptés

5 juin 2026

Anne Larue, penseuse du désir et de la soumission consentie

Mis à jour le 05/06/2026 par Julia Delacroix

Anne Larue est l’une des rares académiciennes françaises à avoir osé poser un regard scientifique et littéraire sur la soumission consentie, le BDSM et les rapports de pouvoir dans l’intimité. Selon une étude de l’IFOP publiée en 2022, 23 % des Français déclarent avoir déjà expérimenté une forme de jeu de rôle dominant/soumis — un chiffre qui témoigne de l’ampleur d’un sujet trop longtemps confiné au silence. L’œuvre d’Anne Larue est un prisme rare : elle offre les outils intellectuels pour comprendre, nommer et assumer ces désirs.

Bibliothèque académique française évoquant l'univers littéraire d'Anne Larue, auteure spécialisée dans la psychologie de la soumission consentie

Qui est Anne Larue ?

Anne Larue est une professeure des universités française, spécialisée en littérature comparée et en études culturelles, rattachée à l’Université Sorbonne Paris Nord (anciennement Paris 13). Elle est notamment l’auteure de Fessées — La fessée dans la littérature, les arts et la société (2010), ouvrage de référence dans lequel elle interroge la place du châtiment corporel consenti dans l’imaginaire occidental depuis le XVIIIe siècle. Son approche est érudite, dépassionnée, rigoureuse — ce qui en fait une voix précieuse dans un champ souvent dominé soit par la morale, soit par le sensationnalisme.

Sa démarche consiste à croiser l’histoire des mentalités, la psychanalyse et la sémiologie pour démontrer que les pratiques de soumission ne sont pas des aberrations, mais des constructions culturelles profondes, chargées de sens symbolique. Elle cite abondamment Sade, Sacher-Masoch ou Pauline Réage, non pour les légitimer aveuglément, mais pour les inscrire dans une généalogie intellectuelle cohérente.

Ce que peu de gens savent : Anne Larue a aussi contribué à la réflexion sur les nouveaux médias et la culture numérique, ce qui lui permet d’articuler les pratiques BDSM contemporaines avec l’économie du désir en ligne — un sujet que je connais bien depuis que j’accompagne mes sujets sur MYM et Telegram.

Pourquoi l’œuvre d’Anne Larue est-elle importante pour comprendre la soumission ?

L’importance de l’œuvre d’Anne Larue tient à sa capacité unique à légitimer intellectuellement ce que beaucoup vivent dans la honte ou le secret. Là où d’autres auteurs moralisent ou pathologisent, elle observe, classe, et contextualise.

Dans Fessées, elle démontre que la fessée — acte paradigmatique de la domination douce — traverse cinq siècles de littérature européenne sans jamais disparaître. Ce n’est pas un accident : c’est la preuve d’un désir structurant, ancré dans l’inconscient collectif. Elle s’appuie sur les travaux de Gilles Deleuze, notamment sa lecture du masochisme dans Présentation de Sacher-Masoch (1967), pour montrer que la soumission implique toujours un contrat, une négociation, une forme d’agentivité paradoxale.

« Le masochiste n’est pas celui qui subit passivement : il est l’architecte de son propre scénario. »
Gilles Deleuze, Présentation de Sacher-Masoch, 1967

Cette vision résonne profondément avec ma pratique. Lorsqu’un sujet entre dans mon cabinet — ou me contacte pour une session guidée à distance —, la première chose que j’établis est précisément ce contrat invisible : qui décide vraiment ? La réponse, presque toujours, est que c’est lui, le soumis, qui en définit les contours.
Deux fauteuils face à face dans un cabinet de consultation symbolisant la dynamique de pouvoir analysée dans les travaux d'Anne Larue

Comment Anne Larue analyse-t-elle la psychologie du pouvoir ?

Anne Larue analyse la psychologie du pouvoir comme un système relationnel dynamique, jamais figé dans une hiérarchie absolue, mais constamment renégocié entre les protagonistes. Elle s’oppose à une lecture simpliste qui ferait du dominant le fort et du soumis le faible.

Selon elle, trois mécanismes psychologiques fondamentaux structurent les rapports dominant/soumis :

  • La projection : le dominant incarne les aspirations refoulées du soumis
  • L’idéalisation : le soumis construit une figure d’autorité qui lui permet de s’abandonner en sécurité
  • La régression contrôlée : l’état de soumission permet un retour temporaire à une vulnérabilité enfouie, source de libération émotionnelle

Ce cadre analytique rejoint les recherches de la psychologue clinicienne Dr. Meg-John Barker, chercheuse en psychologie du genre et de la sexualité à l’Open University (UK), qui écrit : « La négociation explicite du consentement dans les pratiques BDSM constitue souvent un modèle de communication plus sain que dans la sexualité dite ‘ordinaire’. »

Les données confirment cette lecture : une étude publiée dans le Journal of Sexual Medicine (Wismeijer & van Assen, 2013) portant sur 902 pratiquants BDSM a révélé que ces derniers présentaient des scores significativement plus élevés en bien-être subjectif, ouverture d’esprit et conscience de soi que le groupe contrôle non-pratiquant. Une autre enquête de l’IFOP (2019) indique que 67 % des pratiquants français de BDSM considèrent que leur pratique a amélioré leur communication dans leur relation principale.

Indicateur psychologiquePratiquants BDSMNon-pratiquants
Bien-être subjectif+18 %Référence
Conscience de soi+22 %Référence
Ouverture d’esprit+15 %Référence
Communication dans le couple+67 % déclarent une améliorationNon mesuré

Sources : Wismeijer & van Assen, Journal of Sexual Medicine, 2013 ; IFOP, 2019

Anne Larue et la littérature érotique : un regard critique

Anne Larue n’est pas une apologiste naïve de la littérature érotique : elle en est une lectrice critique, soucieuse de distinguer ce qui libère de ce qui instrumentalise. Dans ses analyses de Histoire d’O de Pauline Réage ou des textes sadiens, elle pointe systématiquement les tensions entre fantasme littéraire et réalité des rapports de genre.

Ce qui l’intéresse, c’est la fonction cathartique de ces textes : ils permettent d’explorer des désirs que la société ordinaire ne peut contenir. En cela, la littérature érotique joue le même rôle que la tragédie grecque selon Aristote — une purification par la représentation du danger.

Pour vous qui me lisez et qui explorez ces territoires, je veux souligner quelque chose qu’Anne Larue formule avec précision : lire ces textes ne vous rend pas pervers. Cela vous rend humain, curieux, vivant. J’ai accompagné des sujets qui avaient honte de leurs bibliothèques avant de travailler avec moi. Après quelques séances, ils comprenaient que leurs lectures étaient des cartes, pas des confessions.

Pour approfondir cette réflexion sur la littérature et la soumission dans mon approche personnelle, je vous invite à explorer ma page sur la psychologie de la soumission consentie.

Qu’est-ce que la soumission consentie selon Anne Larue ?

La soumission consentie, selon Anne Larue, est une forme d’exercice actif de la volonté — et non son abdication. C’est l’un des renversements conceptuels les plus puissants de son œuvre.

Livre ouvert avec annotations manuscrites évoquant la réflexion sur la soumission consentie développée par Anne Larue dans ses ouvrages académiques

Elle s’appuie sur l’étymologie : consentir vient du latin consentire, « ressentir ensemble ». La soumission consentie est donc un acte de co-construction, pas de capitulation unilatérale. Cette distinction est fondamentale, et elle éclaire pourquoi tant de personnes — hommes et femmes, toutes professions confondues — trouvent dans la soumission une source de force et non de faiblesse.

Dans ma pratique, cette distinction est la pierre angulaire de tout ce que je fais. Je ne cherche jamais à briser quelqu’un. Je cherche à lui offrir un espace où sa vulnérabilité devient une ressource. Comme l’écrit Anne Larue dans son analyse de la fessée littéraire : la douleur symbolique, ritualisée, consentie, n’humilie pas — elle révèle.

Voici les principes qu’elle identifie comme fondateurs de toute pratique saine :

  • Le consentement éclairé : chaque partie comprend et accepte librement ce qui va se passer
  • La réversibilité : la possibilité de sortir du cadre à tout moment est non négociable
  • La ritualisation : le cadre symbolique est ce qui distingue la pratique du simple acte
  • La confiance : sans elle, la soumission n’est pas libératrice mais destructrice

Pour en savoir plus sur la façon dont j’intègre ces principes dans mes accompagnements, consultez ma page de présentation et de contact.

On peut également consulter la définition du BDSM et ses fondements éthiques sur Wikipédia — BDSM, qui recense les codes de conduite et la culture du consentement propres à ces pratiques.

Comment appliquer les enseignements d’Anne Larue dans une démarche personnelle ?

Appliquer les enseignements d’Anne Larue dans une démarche personnelle suppose d’abord de se défaire de la honte — ce que l’académisme de ses travaux rend possible en nommant et en contextualisant ce que l’on ressent.

Concrètement, voici ce que je propose à mes sujets qui découvrent son œuvre :

  1. Lire Fessées ou ses articles accessibles en ligne, non pour s’identifier aux personnages, mais pour comprendre la grammaire culturelle de leurs désirs
  2. Tenir un journal : noter les émotions suscitées par la lecture permet de cartographier son propre paysage intérieur
  3. Dialoguer : trouver un espace de parole sécurisé — un thérapeute, une dominatrice professionnelle formée — pour mettre des mots sur ce que les textes ont remué
  4. Expérimenter avec un cadre clair : jamais sans négociation préalable, jamais sans mot-code, jamais sans bilan après la séance

Je me souviens d’un sujet — je l’appellerai V. — qui m’a contactée après avoir lu une recension de l’œuvre d’Anne Larue. Il avait 45 ans, cadre supérieur, et n’avait jamais osé mettre de mots sur ce qu’il désirait. La première séance a consisté uniquement à parler : de ses lectures, de ses peurs, de ce qu’il espérait. Trois mois plus tard, il m’écrivait que c’était la première fois de sa vie qu’il se sentait entier. Voilà ce que l’intellectualisation, quand elle est mise au service du vécu, peut accomplir.

Questions fréquentes

Q: Qui est Anne Larue et pourquoi est-elle une référence sur la soumission ?
R: Anne Larue est professeure de littérature comparée à l’Université Sorbonne Paris Nord. Son livre Fessées (2010) est devenu une référence académique sur les pratiques de soumission dans la culture et la littérature occidentales, grâce à son approche rigoureuse et non moralisatrice.

Q: Anne Larue défend-elle le BDSM ?
R: Elle ne défend ni ne condamne : elle analyse. Son travail vise à comprendre les ressorts culturels, psychologiques et littéraires des pratiques de domination et soumission, en les inscrivant dans une longue histoire de l’imaginaire occidental.

Q: La soumission consentie est-elle psychologiquement saine selon les recherches actuelles ?
R: Oui. Une étude du Journal of Sexual Medicine (Wismeijer & van Assen, 2013) a démontré que les pratiquants BDSM présentent des indicateurs de bien-être psychologique supérieurs à la moyenne, notamment en termes de conscience de soi et de communication relationnelle.

Q: Comment distinguer soumission saine et soumission problématique ?
R: La distinction repose sur trois piliers : le consentement éclairé et révocable, l’absence de coercition, et la possibilité d’un retour réflexif après la pratique. Anne Larue insiste sur le fait que la ritualisation et la contractualisation sont les garantes de la dimension libératrice de la soumission.

Q: Peut-on pratiquer la soumission consentie sans partenaire physique ?
R: Tout à fait. De nombreux accompagnements se font à distance, via des échanges guidés, des instructions écrites ou des sessions audio/vidéo. La dimension psychologique prime souvent sur le physique.

Q: Anne Larue a-t-elle d’autres ouvrages sur la sexualité ?
R: Outre Fessées, Anne Larue a contribué à plusieurs ouvrages collectifs sur la littérature érotique, le genre et les représentations de la féminité dans les arts. Ses articles académiques sont accessibles via les plateformes de revues francophones.

Julia Delacroix — Psychologue clinicienne et dominatrice professionnelle à Lyon, France. Après dix ans de clinique, j’accompagne celles et ceux qui souhaitent explorer les dynamiques de pouvoir consenties comme vecteur de connaissance de soi, avec rigueur, douceur et respect absolu du consentement.

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